Tribune de Bertrand Badie dans le Forum de La Croix (professeur Sciences-Po Paris) : « On se souvient comment le précédent millénaire s’était achevé dans l’euphorie des droits de l’homme : la création d’une Cour pénale internationale, l’invention du principe de la « responsabilité de protéger », les interventions au Kosovo et au Timor, l’annonce d’une grande conférence internationale qui devait se tenir à Durban, en août 2001, sur les droits humains. On a vite déchanté : le néoconservatisme a transformé le thème en croisade, le devoir de protection a été dévoyé en instrument de puissance, le Kosovo est devenu un modèle d’épuration ethnique à l’envers, la CPI n’est pas respectée et accumule les maladresses, Durban I et Durban II affichent, jusqu’au spectacle, l’incompréhension entre le Nord et le Sud. Comme pour marquer un symbole, le récent remaniement ministériel en France abolit purement et simplement le secrétariat d’État aux droits de l’homme dont était doté le ministère des affaires étrangères…On se croit revenu à la thèse classique : droits de l’homme et relations internationales feraient nécessairement mauvais ménage, puisque celles-ci appartiennent au domaine de la souveraineté, de la libre compétition de puissance, du droit absolu de terrasser l’autre par tous les moyens. La guerre ne tolère de loi qu’à la marge et consacre l’émancipation des États jusqu’à l’absolue liberté de manœuvre…L’idée est un peu courte et vient injurier l’histoire la plus immédiate. Jamais tant de conventions internationales n’ont été signées, jamais le poids des normes n’a été si heureusement lourd, jamais les crimes politiques n’ont eu une telle visibilité, jamais les paravents souverainistes n’ont été autant percés ».
Concrete Architecture
Il y a 2 ans
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